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Points clés à retenir
- Dosage standard : 10 à 20 g/L, mais 6,25 g/L seulement pour les tomates.
- La forme du produit (poudre, liquide) change le mode de dosage. Toujours lire la fiche.
- Traitement hivernal sur bois nu : jusqu’à 30 g/L, jamais sur feuilles présentes.
- Respecter 10 à 15 jours entre deux traitements pour éviter l’accumulation de cuivre.
- Vérifier le pH (7 à 8) avant application : une solution acide brûle les feuilles.
Qu’est-ce que la bouillie bordelaise et pourquoi le dosage compte
Composition : sulfate de cuivre + chaux éteinte
La bouillie bordelaise est un fongicide à base de sulfate de cuivre et de chaux éteinte. Le sulfate de cuivre tue les spores de champignons pathogènes ; la chaux éteinte stabilise le mélange et protège les tissus végétaux de la corrosion du cuivre seul. C’est cette combinaison qui donne ce bleu-vert caractéristique sur les feuilles après traitement.
Les produits du commerce existent en trois formes : poudre mouillable (la plus courante), micro-granulés WDG (dispersion rapide, moins de poussière) et bouillie liquide prête à diluer. Ces formes ne s’utilisent pas au même dosage pour 1 litre d’eau — c’est le premier point que la plupart des guides oublient de préciser.
Pourquoi un mauvais dosage détruit plus qu’il ne protège
Un dosage trop faible ne protège pas. Un dosage trop fort brûle les feuilles, acidifie la solution au point de la rendre phytotoxique et accumule du cuivre dans le sol. Le cuivre ne se dégrade pas : il s’accumule et finit par bloquer la vie microbienne du sol. Ce n’est pas forcément ce qu’on croit quand on pense « produit naturel autorisé en bio ».
J’ai vu des tomates dont les feuilles ressemblaient à du papier carbonisé après un traitement mal dosé. En pratique, voilà ce que ça donne : respecter les doses n’est pas une précaution de forme, c’est la condition pour que le traitement soit utile sans devenir destructeur.
Le dosage de base pour 1 litre d’eau
Règle générale : entre 10 et 20 g par litre
La règle de base, celle que donnent Gamm Vert et Solabiol pour la majorité des cultures en traitement courant : 10 à 20 g de bouillie bordelaise pour 1 litre d’eau. C’est une fourchette large, volontairement, parce que la dose juste dépend de la culture, du stade de traitement et de la forme du produit utilisé.
Pour un traitement standard sur une tomate en pleine saison, on reste plutôt à 6,25 g/L selon les fiches Solabiol Potager & Verger. Bien en dessous de ce que beaucoup de sites indiquent. Pour une vigne en traitement intensif, Solabiol monte à 25 g/L. L’écart est énorme, et il est rarement expliqué.
Différence entre poudre, micro-granulés et forme liquide
La poudre mouillable se dose en grammes par litre. Les micro-granulés WDG se dissolvent mieux mais ont la même logique de dosage massique. La bouillie liquide concentrée, elle, s’exprime en millilitres par litre — et les concentrations varient selon les marques.
Avant tout calcul, lisez la fiche produit de votre référence précise. Une bouillie liquide à 20 % de sulfate de cuivre n’est pas dosée comme une poudre à 50 %. Ne transposez jamais un dosage d’une forme à l’autre sans vérifier la teneur en cuivre métal indiquée sur l’emballage.
| Forme du produit | Dosage indicatif pour 1 L | Particularité |
|---|---|---|
| Poudre mouillable | 6 à 30 g/L selon usage | Forme la plus répandue, à peser précisément |
| Micro-granulés WDG | Idem poudre (même logique) | Dissolution plus rapide, moins de poussière |
| Liquide concentré | En mL/L — se référer au produit | Concentration variable selon marque |
Dosage bouillie bordelaise pour 1 litre selon la culture
Tomates, aubergines, courgettes
Les solanacées sont sensibles au cuivre. Pour les tomates et aubergines, Solabiol recommande 6,25 g/L — soit environ une demi-cuillère à soupe bombée de poudre. Pour les courgettes et cucurbitacées en général, on reste dans la même gamme basse : 6 à 10 g/L.
La plupart du temps, la cause d’un brûlage foliaire sur tomates, c’est un dosage copié d’un traitement vigne sans ajustement à la culture. Je préfère prévenir plutôt que réparer : partir bas et monter si nécessaire est plus sûr que l’inverse.
Vigne, pommier, poirier, pêcher
La vigne supporte et nécessite des doses plus élevées, notamment en période à risque mildiou : 15 à 25 g/L selon l’intensité du traitement. Pour le pêcher et l’abricotier, Solabiol indique 25 g/L en traitement intensif.
Le pommier et le poirier se traitent en général entre 15 et 20 g/L selon la pression fongique. Sur les arbres à pépins, la tolérance est meilleure qu’avec les solanacées.
Pommes de terre et légumes racines
Les pommes de terre se traitent contre le mildiou à 15 à 20 g/L en traitement courant. Pour les légumes racines (carottes, betteraves), la bouillie bordelaise est moins utilisée mais applicable à 10 à 15 g/L en prévention.
Salades, aromates et cultures délicates
Salades, choux, céleri et artichauts : Solabiol recommande 12,5 g/L. Les aromates comme le basilic ou la coriandre sont encore plus sensibles. Mieux vaut rester à 6 à 8 g/L et ne traiter qu’en cas de symptômes avérés, pas en préventif systématique.
Dosage selon l’objectif : préventif, curatif ou hivernal
Traitement préventif léger (5 à 10 g/L)
Un traitement préventif intervient avant l’apparition des symptômes, en début de saison ou juste avant une période à risque (forte humidité, alternance chaud-froid). La dose reste basse : 5 à 10 g/L selon L’ami des jardins, suffisante pour déposer un film protecteur sans saturer les tissus végétaux.
C’est aussi la dose à utiliser sur les jeunes plants sensibles et sur les cultures délicates évoquées plus haut.
Traitement curatif courant (15 à 20 g/L)
Quand les premiers symptômes apparaissent. Taches jaunâtres sur les feuilles de vigne, marbrures grises sur tomates, feutrage sur pommes de terre — on monte à 15 à 20 g/L. La bouillie bordelaise ne guérit pas une infection déclarée, mais elle arrête sa progression en protégeant les tissus encore sains.
Ça paraît compliqué, ça ne l’est pas : la logique est celle d’un traitement de couverture, pas d’un traitement curatif chimique classique.
Traitement hivernal sur bois nu (jusqu’à 30 g/L)
En hiver, après la chute des feuilles, on peut traiter les arbres à feuilles caduques à des doses bien plus élevées : jusqu’à 30 g/L selon L’ami des jardins et Maison-Travaux. La végétation est absente, le risque de brûlure foliaire est nul.
La recette maison traditionnelle pour ce type de traitement : 100 g de sulfate de cuivre + 150 g de chaux éteinte pour 5 litres (soit 20 g/L de sulfate et 30 g/L de chaux). Ouest France Jardins indique une variante à l’échelle 10 litres : 200 g de sulfate de cuivre + 300 g de chaux éteinte. La proportion cuivre/chaux reste identique.
| Objectif | Dosage pour 1 L | Moment d’application |
|---|---|---|
| Préventif léger | 5 à 10 g/L | Avant symptômes, jeunes plants |
| Curatif courant | 15 à 20 g/L | Premiers symptômes visibles |
| Hivernal bois nu | Jusqu’à 30 g/L | Arbres caduques après chute des feuilles |
Comment préparer correctement 1 litre de bouillie bordelaise
Ordre de mélange et matériel nécessaire
Le matériel : un récipient propre non métallique (le cuivre réagit avec certains métaux), une balance de cuisine, une cuillère de mélange, et idéalement du papier pH. Ne préparez jamais la bouillie dans un arrosoir en zinc ou en aluminium : le sulfate de cuivre réagit et dégrade le mélange.
L’ordre de mélange compte. Voilà comment je procède :
- Dissoudre le sulfate de cuivre dans la moitié de l’eau (eau tiède de préférence).
- Diluer la chaux éteinte séparément dans l’autre moitié d’eau froide.
- Verser la solution de sulfate de cuivre dans la solution de chaux (et non l’inverse), en remuant constamment.
- Vérifier le pH : il doit se situer entre 7 et 8 (neutre à légèrement alcalin). En dessous de 7, la solution devient phytotoxique.
Si le pH est trop bas, ajoutez un peu de chaux. Si vous n’avez pas de papier pH, la couleur bleue franche sans dépôt brunâtre est un indicateur visuel raisonnable. Mais le pH reste la seule vraie vérification.
Eau calcaire vs eau de pluie : impact sur l’efficacité
L’eau calcaire (riche en carbonates) favorise la stabilité du mélange et maintient naturellement un pH alcalin favorable. C’est un avantage. L’eau de pluie, plus acide, peut faire chuter le pH sous le seuil acceptable : il faut alors augmenter légèrement la dose de chaux.
J’ai testé, voilà ce qui marche : avec une eau de robinet normale (pH 7,5-8 dans la plupart des régions françaises), on obtient une bouillie stable sans ajustement. Avec de l’eau de pluie récupérée, systématiquement, je vérifie le pH avant application.
Fréquence et conditions d’application
Respecter un intervalle de 10 à 15 jours entre deux traitements
L’intervalle minimum recommandé entre deux traitements consécutifs est de 10 à 15 jours, selon Région Espaces Verts et Cmonjardinier. En dessous, on accumule du cuivre sans améliorer la protection — et on dépasse rapidement les seuils réglementaires sur la saison.
Le nombre de traitements par an varie selon la culture et la pression fongique. En pratique, sur tomates en plein champ, 4 à 6 traitements suffisent une bonne saison. Sur vigne en région humide, on peut monter à 8-10, mais chaque traitement doit être justifié par les conditions météo.
Conditions météo à éviter absolument
La bouillie bordelaise se lave à la pluie. Ne traitez jamais si une pluie est prévue dans les 24 heures. Le film de cuivre doit sécher sur la feuille pour être efficace.
À éviter aussi : traiter par vent fort (dérive du produit, mauvaise couverture foliaire), par chaleur au-dessus de 30 °C (risque de brûlure foliaire accru) et sur des feuilles mouillées de rosée (mauvaise adhérence). Le créneau idéal : matin calme, temps couvert sans pluie imminente, températures fraîches.
Précautions, surdosage et impact environnemental
Risques du surdosage sur le sol et les plantes
Un surdosage chronique acidifie le sol, bloque l’absorption du fer et du zinc par les plantes, et détruit les micro-organismes bénéfiques. Sur les feuilles, un excès de cuivre produit des brûlures en bordure de feuilles, un dessèchement des apex et une chute prématurée.
Le cuivre ne se dégrade pas dans le sol. Il s’accumule saison après saison. Un suivi du pH et une rotation des cultures sont les seuls moyens de limiter l’impact à long terme.
Réglementation et dose maximale de cuivre autorisée en bio
La réglementation européenne (règlement CE n°889/2008) fixe la dose maximale de cuivre métal en agriculture biologique à 6 kg/ha/an, avec une cible de 3 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans. Ces chiffres concernent les exploitations agricoles, mais la logique s’applique aussi au jardin amateur : moins on en met, mieux le sol se porte.
La bouillie bordelaise est autorisée en agriculture biologique. Mais ce n’est pas un blanc-seing. La dose maximale annuelle reste contraignante, et les certifications bio scrutent de plus en plus les cumuls de cuivre sur les parcelles. Autorisé ne veut pas dire sans limite.
Questions fréquentes sur le dosage de la bouillie bordelaise
Combien de grammes de bouillie bordelaise pour 1 litre d’eau pour les tomates ?
Pour les tomates, Solabiol recommande 6,25 g pour 1 litre d’eau — en poudre mouillable standard. C’est une dose basse, adaptée à la sensibilité des solanacées. En traitement intensif sur une culture très touchée, on peut monter à 10 g/L, mais rarement au-delà.
Peut-on utiliser de l’eau du robinet pour préparer la bouillie bordelaise ?
Oui, dans la plupart des cas. L’eau du robinet a généralement un pH entre 7 et 8, ce qui convient bien. L’eau très calcaire (pH > 8,5) peut néanmoins réduire la solubilité du sulfate de cuivre. Vérifiez avec un papier pH et ajustez si nécessaire. L’eau de pluie, plus acide, nécessite d’ajouter un peu plus de chaux pour stabiliser le mélange.
Quelle est la différence entre bouillie bordelaise en poudre et en liquide pour le dosage ?
La poudre se dose en grammes par litre ; la forme liquide se dose en millilitres par litre. Ces deux mesures ne sont pas interchangeables, car la concentration en cuivre métal varie selon la forme et la marque. Référez-vous systématiquement à la fiche produit de votre référence, pas à un dosage générique trouvé en ligne.
Combien de fois peut-on appliquer la bouillie bordelaise par saison ?
L’intervalle minimum entre deux traitements est de 10 à 15 jours. En pratique, 4 à 6 traitements sur une saison suffisent pour les légumes du potager. La vigne en région humide peut nécessiter jusqu’à 8 à 10 passages, mais chaque application doit être justifiée par les conditions météo et la pression fongique, pas appliquée mécaniquement.
Le surdosage de bouillie bordelaise est-il dangereux pour les plantes ?
Oui. Un surdosage provoque des brûlures foliaires (bords bruns, dessèchement), une perturbation de l’absorption minérale et, sur le long terme, une dégradation du sol. Le cuivre s’accumule et ne disparaît pas. Mieux vaut traiter moins fort et plus régulièrement que ponctuellement à forte dose.
Peut-on mélanger bouillie bordelaise et savon noir dans le même litre d’eau ?
Non. Le savon noir est basique ; la bouillie bordelaise également. Leur mélange ne pose pas de problème de réaction chimique violente, mais le savon peut interférer avec la dispersion des particules de cuivre et réduire l’adhérence du film protecteur. Ces deux produits s’utilisent séparément, à plusieurs jours d’intervalle.
Quel dosage utiliser en traitement hivernal sur les arbres fruitiers ?
En traitement hivernal sur bois nu (après chute des feuilles), le dosage monte jusqu’à 30 g pour 1 litre d’eau. C’est la dose maximale, réservée aux arbres à feuilles caduques uniquement, quand aucune végétation n’est présente. Ce traitement cible les spores hivernantes logées dans les écorces et les bourgeons.
La bouillie bordelaise est-elle autorisée en agriculture biologique ?
Oui, sous conditions. Le règlement européen CE n°889/2008 l’autorise dans un cadre limité : 6 kg de cuivre métal par hectare et par an, avec un objectif de 3 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans. Au jardin amateur, la bouillie bordelaise est autorisée sans contrainte réglementaire stricte, mais la logique de limitation s’applique : le cuivre s’accumule dans le sol, et le dosage bouillie bordelaise pour 1 litre doit rester raisonnable même en bio.



